New-York – Toronto: au cœur de la Major League Soccer nord-américaine

« Le jour où je voyage aux États-Unis, je vais voir un match de NBA ! » Cette phrase, vous l’avez maintes fois entendue avant, peut-être, de la répéter à votre tour. Mais attention : la NBA, en juillet, août ou septembre, c’est mort. En cas de congé estival au pays de l’Oncle Sam, il faut se rabattre sur un autre sport U.S. La bonne nouvelle, c’est que depuis quelques années, durant l’été étatsunien (oui, « états-unien », ça se dit!), on ne parle plus seulement de football américain, de base-ball ou de (pré-saison de) hockey sur glace. Non, car le soccer est en train de faire sa place. Et c’est ce football-là, à la fois proche et fort éloigné du nôtre, qu’on a testé pour vous.

>>> Un article à lire aussi sur www.lgfoot.be

Il Maestro et son pote Lampard.

Il Maestro et son pote Lampard.

Le 16 septembre dernier (à vrai dire, avec le décalage horaire, c’était déjà le 17 septembre en Europe, mais bon, passons), le New York City FC accueillait Toronto à 7:30 PM heure locale. Oui, Toronto. La Major League Soccer (à l’instar de ce qui se fait dans d’autres ligues comme la NBA) intègre des formations basées chez le voisin canadien. En plus de Toronto, Vancouver et l’Impact Montreal de l’ex-Rouche Laurent Ciman viennent compléter une liste de 20 formations (dont 17 des États-Unis), réparties en deux « conférences » (ou associations) : Est et Ouest, de dix équipes chacune. On vous épargnera le détail du règlement atypique (mais intéressant) de la MLS dont les points essentiels sont à lire en fin d’article (ou dès maintenant, en cliquant ici).

Revenons-en au match : ce trépidant New York City FC – Toronto FC. A priori, pas très sexy. À la deuxième lecture, celle des noyaux, on se dit qu’on va voir les Andrea Pirlo, Frank Lampard ou encore David Villa (NYFC) à l’œuvre contre les Sebastian Giovinco, Benoît Cheyrou et autre Jozy Altidore (Toronto). Ça a de la gueule, au moins autant qu’un Mouscron – Westerlo, en tout cas.

Eux, ils s'en footent...

Eux, ils s’en footent…

L’autre bonne nouvelle, c’est que faute de stade dédié à la pratique du soccer, le New York City FC est actuellement logé par les Yankees et leur mythique temple du base-ball, le Yankee Stadium. Les installations, c’est d’ailleurs le grand défi de la MLS et de ses franchises. D’abord locataires de stades de football américain ou de baseball, la plupart des clubs (14 sur 20) occupent désormais de nouvelles enceintes, spécifiquement conçues pour la pratique du soccer… à l’américaine. En attendant, aller voir le NYFC lors d’un séjour à New-York, c’est (pour l’instant du moins) faire d’une pierre deux coups, car le Yankee Stadium vaut le détour…

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(Daddy) Yankee’s home.

Les (Sky)Blues du New York City FC (club détenu à 80% par Manchester City et à 20% par les Yankees) ont beau disputer leur première saison dans l’ombre du puissant Red Bull New York, l’entrée pour le match (à payer par internet mais à retirer sur place au guichet « will call ») nous a tout de même coûté 43€ (taxes et frais compris). Ça peut paraître cher, mais à l’échelle américaine, ça reste raisonnable. Un conseil : réservez votre entrée sur le site officiel du club (via Ticketmaster) et évitez les marchands intermédiaires et autres sites douteux.

Clash of the Titans.

Clash of the Titans.

 

« This is not f*cking base-ball!* »

 

Le Yankee Stadium se situe dans le Bronx, juste au nord de Manhattan. L’accès en métro est assez aisé. Les soirs de soccer, les abords du stade sont moins animés que lors un match des Yankees. Quelques échoppes ça et là, l’un ou l’autre bar, des jeunes qui s’en balancent et qui s’entraînent (au base-ball), mais pas grand-chose d’autre d’intéressant. Sauf ces (petits) groupes de supporters qui tentent de créer une « vraie ambiance foot ». En gros, il s’agit de puristes, pour la plupart des Latinos, qui chantent avant et pendant le match, qui déploient banderoles et tifos, et qui, pour revendiquer leur différence, voire leur authenticité, te rappellent, en chantant, que « ce n’est pas du pu**** de base-ball, on ne mange pas en regardant le match, on ne boit pas de bière, on chante et on encourage son équipe les gars ! (sic) »*. L’un d’eux est d’ailleurs interdit de stade, ce qui valait une mobilisation en prélude de la rencontre, avec un look d’Anonymous pour certains.

 

L’ambiance du match, la vraie, se vit dès qu’on pénètre dans les larges travées du stade. Du moins, si on vous laisse rentrer. Un garde de sécurité qui ignorait ce qu’était une GoPro nous a barré la route pendant 10 minutes, le temps qu’il comprenne que si on autorise les appareils photo et les smartphones, on peut autoriser les GoPro. Soit. Une fois arrivé sous les tribunes, on ressent d’emblée que la machine américaine est en route. Et que la carte de crédit va y passer. Nourriture à gogo, merchandising à tout va, multiples fan-shops : tout est là pour ravir les supporters et, s’agissant d’un nouveau club, les boutiques sont prises d’assaut. Chacun veut afficher ses couleurs, car « New York City is blue and white ! », vous diront les supporters.

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Nous, on a opté pour la version black.

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Inside man.

Tous les goodies possibles et imaginables sont proposés, mais c’est Pirlo, son look de hipster vieillissant et son toucher de balle magique qui remportent le plus grand succès. Suivent Lampard et David Villa, l’Espagnol ayant l’avantage de la langue pour séduire les (nombreux) supporters hispanophones.

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Merchandising à gogo. (Et non, Poku, ce n’est pas M’Poku).

Une fois les boutiques passées, vous êtes presque à votre place. Presque, car se dresse devant vous l’imposant Food Court du stade : le rendez-vous de la malbouffe, déclinée à toutes les sauces. Étrange ? Non : ici, on mange (et on discute de tout autre chose) avant et pendant le match. On se lève, on va se (re)servir à boire et à manger. Pour les plus paresseux, un vendeur (de bières, de cacahuètes, etc.) se promène dans les tribunes, marchandise vissée sur le crâne, comme lors d’un match de base-ball. Les portions sont comme les prix : très (trop) grand(e)s. Mais le Coca-Cola à 11$ (9.5€) contient près d’un litre et tiendra tout le match. C’est sûrement pour ça que chaque siège (particulièrement confortable) dispose de son propre porte-gobelet.

 

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French fries for belgians.

 

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Nouilles York.

 

À peine le temps de s’asseoir qu’il faut déjà se lever. L’hymne national est un moment sacré aux États-Unis. New-York City FC – Toronto donne d’ailleurs droit à deux chants patriotiques : celui des USA et celui du Canada en bonus track.

"Ce soir on vous met le feuuuuu"

« Ce soir on vous met, ce soir on vous met le feuuuuu… »

 

 

Par contre, très peu de supporters canadiens pour ce déplacement new-yorkais. Apparemment, le football se vit surtout comme un show, pas trop loin de chez soi. Les longs déplacements en mobile-home avec barbecue sur le parking comme ça se fait avant un match de football américain semblent moins fréquents.

Commence enfin le match. On l’avait déjà remarqué, c’est encore plus flagrant avec les joueurs sur la pelouse : le terrain est franchement petit. C’est qu’on est dans un stade de base-ball. Il faut d’ailleurs compter trois jours pour convertir le Yankee stadium en stade de football, et vice-versa ! La surface de jeu n’est que de 110×70 yards (100×64 mètres) soit la taille minimale acceptée par la FIFA. Du coup, certaines tribunes sont assez éloignées du terrain. Attention de bien choisir votre place. Heureusement, vous aurez probablement le choix: le stade n’est pas rempli (25075 personnes au soir de NYFC – Toronto). En avril 2014, le directeur des opérations des Yankees Lonn Trost indiquait à ce sujet qu’il fermerait les accès situés au premier balcon, abaissant la capacité du stade à 33 444 sièges, comparativement aux 49 642 places lors des matchs des Yankees.

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Banc de (gros) poissons.

Le match débute, le kop qui se trouve derrière le but se met à chanter. L’un ou l’autre cameraman se promène dans le stade en quête d’images sympas. Les supporters jouent le jeu et apparaissent tout au long du match (mais aussi avant et à la mi-temps) sur l’écran Jumbo Vision. Une dalle haute définition sur laquelle on peut aussi voir les ralentis du match, mais pas de kiss-cam à la mi-temps. C’est tout de même très sympa. Et finalement très américain, aussi.

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Il est même possible de se faire filmer pendant qu’on commande une bière.

 

Happiness Therapy.

Happiness Therapy.

 

Quant au match, il voit New York (privé de David Villa, blessé) prendre les devants sans franchement impressionner. Un long ballon d’Andrea Pirlo est remisé par Allen aux abords de la surface. Frank Lampard voit sa demi-volée rebondir avant de trouver les filets. L’ancien de Chelsea inscrit au passage son premier but depuis son arrivée en MLS.

C’est 1-0 (20e) et Toronto mise surtout sur la vivacité de Giovinco pour réagir. Ça ne suffit pas. Les tentatives canadiennes sont détournées par un Josh Saunders en grande forme. C’est 1-0 à la mi-temps : place à 15 minutes de pubs sur l’écran géant, mais aussi de concours, de trivia games pour tester votre culture Star Wars, et d’auto-promo sur fond de hip-hop made in Brooklyn, Harlem, Bronx, Manhattan et j’en passe.

 

 

Le jeu reprend et, hormis des frites gaufrées qui commencent à refroidir, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Toronto pousse, l’équipe visitée résiste. Et à la 77e minute, un corner de l’increvable Pirlo est repris de la tête par Mullins. 2-0, match plié.

Giovinco-Pirlo dans "Don't look back"

Giovinco et Pirlo: « Don’t look back »

 

Les cris de joie au coup de sifflet final restent contenus. New York City a gagné mais paie son inexpérience. En cette première saison, l’équipe pointe loin des play-off. Le stade se vide aussi rapidement que chez nous. Les « City Beats », fanfare présente dans le stade et ses abords, accompagnent les fans jusqu’au métro. La bande est jeune et reprend des hits avec énergie, de quoi clôturer la soirée dans la bonne humeur…

 

 

Le verdict de cette expérience en MLS ? Sympa, mais on sent tout de même que le soccer se cherche une place et, surtout, une véritable identité. Amener des stars européennes vieillissantes et les aligner aux côtés de joueurs sud-américains de seconde zone ne participera pas au développement du football au pays de l’Oncle Sam. Par contre, l’intérêt envers le football nord-américain ne cesse de grandir, c’est indéniable. Et si vous n’avez pas prévu de voyage aux États-Unis, sachez que la chaîne Eurosport a acheté les droits de la Major League Soccer pour 4 saisons, jusqu’en 2018. Une bonne façon d’en avoir un premier aperçu, confortablement installé dans votre divan, avec des ralentis, un Coca-Cola (ou une bière) et de quoi grignoter à portée de main. Comme au Yankee Stadium, ou presque.

Grazie.

What else?

 

L’auteur:

 

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Major League Soccer : ce qu’il faut retenir du règlement

  • Les clubs ont le statut de franchises qui paient pour avoir le droit de faire partie de la Major League Soccer. Pas de descendant, pas de montant, juste un gros chèque annuel. La NASL, deuxième niveau nord-américain où évolue cette saison le légendaire New York Cosmos (avec l’ex-Madrilène Raul), est autonome.
  • Le championnat se déroule de mars à décembre. Il est divisé en deux parties : une saison régulière (jusqu’en octobre), qui qualifie les six meilleures équipes pour les play-off, à l’issue desquels se dispute la finale. Une finale qui s’appelle, étrangement, la « MLS Cup » mais qui n’a rien d’une Coupe au sens européen du terme.
  • Le calendrier est assez aléatoire. On parle donc de semaines et non pas de journées. La saison régulière compte 34 semaines. Les équipes jouent deux à trois fois contre les équipes de leur conférence, et une fois contre chaque équipe de l’autre conférence.
  • Chaque club de MLS se voit attribuer une masse salariale équivalente à partager entre les contrats de ses différents joueurs. Cette somme appelée « salary cap » s’élevait à 3100 000 $ en 2014.
  • Dès 2007 et l’instauration de la « règle du joueur désigné » ou « règle Beckham » (du nom de David, premier à en avoir bénéficié pour signer au Los Angeles Galaxy), les clubs ont l’autorisation de transférer sans tenir compte de ces restrictions. Depuis 2010 et pour attirer des stars en MLS, trois joueurs peuvent bénéficier de ce statut. Pour chaque joueur désigné, une somme de 436250 $ (montant 2015) est prélevée sur la masse salariale du club (ça fait donc moins d’argent pour les autres joueurs) et payée par la ligue. Le reste du salaire est pris en charge par le propriétaire du club.
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